Dimanche 9 mai 2010
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Chapitre 1
Voici une petite partie de ce chapitre.
- Tu te sens prêt ? demanda Pilgrin, qui partageait avec Odin le même gâteau de légumes, au fumet
délicat.
- Pas vraiment. Pourquoi ne pouvons-nous pas subir les épreuves habituelles ? Mes frères ont surmonté tous
les obstacles à tour de rôle. Et je suis plus fort qu'eux. Courir dix fois autour du village, grimper sur les trente plus hauts sapins et se jeter du pont dans la rivière, rien n'est plus facile
!
- Tu sais très bien qu'Aïda ne veut plus entendre parler de ces exercices ! intervint Ysaline. D'ailleurs
moi non plus. Elle veut de la nouveauté pour le passage initiatique de nos treize ans !
Les deux jeunes garçons se tournèrent vers leur compagne et laissèrent courir leurs yeux sur sa bouche
boudeuse puis sur sa chevelure. Les lampions projetaient des reflets particulièrement séduisants sur ses boucles d'or. Consciente de l'effet qu'elle leur faisait, Ysaline se sentit gênée et
détourna le regard.
Pilgrin repoussa une de ses encombrantes mèches rousses et engloutit une part de pâté. Son amitié pour
Odin l'empêchait de déclarer sa flamme à la jeune fille. Mais il savait au fond de lui-même qu'il avait ses chances, même si pour l'instant, Ysaline ne manifestait aucune préférence entre son ami
et lui.
- Cette initiation ne devrait plus exister ! fit-il en piquant nerveusement un beignet avec sa fourchette.
À quoi sert-elle, je vous le demande ?
- Soi-disant à nous rendre plus courageux et plus dévoués. Plus proches de l'âge adulte, sourit
Odin.
- Des histoires tout ça, rétorqua Pilgrin. Que l'on raconte aux petits pour s'amuser à leurs dépens et se
donner une raison de faire la fête.
- Je me demande pourquoi notre druide a voulu changer les règles, lança Odin au bout d'un moment. Je ne
dors plus depuis trois nuits. J'ai besoin de savoir ce qui nous attend. Je n'accepte pas qu'elle nous laisse ainsi, dans l'ignorance !
Tout en pensant à Aïda, le druide du village, le lutin fixait, perplexe, les danseurs qui tournaient
autour d'eux. Il les regardait sans les voir tomber les uns après les autres sous le charme de la musique de la Lutania. Depuis des générations, cette danse ancestrale faisait s’envoler les
lutins dans des tourbillons affolés et affolants. Le but du jeu était de rester le plus longtemps debout. Le dernier couple en piste était déclaré gagnant. Pour l’instant huit lutins résistaient
encore au vertige et tentaient de remporter la palme, sous les applaudissements encourageants et les sons élastiques de la flûte et de la cornemuse.
- Les villageois sont venus particulièrement nombreux ce soir, vous ne trouvez pas ? constata
Odin.
- Normal. Les soirées initiatiques deviennent de plus en plus rares, fit remarquer
Ysaline.
- Vous oubliez que la magie n’a plus été utilisée depuis très longtemps ! s’exclama Pilgrin. Il est
évident qu'elle les attire, plus que la fête elle-même.
- La dernière fois que quelqu’un a vu Aïda lever les bras vers le ciel pour projeter ses fameux éclairs
étincelants remonte à treize années de lutin : ce spectacle suffit à exciter la curiosité ! intervint Yezalin, le père d’Odin.
Il venait de prendre place à leur table. Devant leurs regards interrogatifs, il ajouta
:
- C’était lors de la dernière guerre. Celle que l’on a nommée la guerre de Manakiel. Elle a ravagé une
bonne partie d’Harahélin, notre village. Demandez aux anciens : ils vous raconteront.
Odin, toujours rêveur, s’informa :
- Père, penses-tu que la rumeur soit vraie ? Il paraît que nous boirons une potion magique de sa
fabrication.
- Tu parles de notre druide ? Je n’en sais fichtrement rien !
- J'ai aperçu plusieurs fois de la fumée sortir de la cheminée de son abri. Elle passait du vert au rouge,
suivant la couleur du ciel ou des nuages, confia Ysaline. Aïda avait calfeutré toutes les fenêtres, et même la serrure. Pas moyen de capter un quelconque bout de formule magique, le moindre
"pouf !" de lumière anormale. Pourtant ce n’est pas faute d’avoir tenté de la surprendre.
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